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Après avoir couru autour du Marais audomarois en 2025, j’ai voulu changer de perspective. Cette fois, il ne s’agissait plus d’en suivre les contours, mais de le traverser par son centre, au plus près de ses chemins d’eau, de ses terres cultivées, de ses maisons et de celles et ceux qui y vivent. Une aventure locale de 21 kilomètres, parcourue en deux jours, durant laquelle la carte a souvent dû s’effacer devant la réalité du terrain.
Après le tour, entrer dans le marais
En 2025, je m’étais lancé un premier défi : réaliser en courant le Grand Tour du Marais audomarois.
Pendant trois jours, à raison d’environ 25 kilomètres par jour, j’avais suivi au plus près les contours de ce territoire que je croyais connaître. Près de 75 kilomètres à courir lentement, à observer, à photographier et à discuter. Ce premier voyage initiatique m’avait révélé un marais riche en culture, en patrimoine, en ressources et, surtout, en rencontres.
J’en étais revenu avec de nombreux souvenirs, mais aussi avec une question : après en avoir fait le tour, que découvrirais-je si je cherchais maintenant à le traverser ?
Non plus longer le marais, mais y entrer. Non plus en dessiner la périphérie, mais essayer d’en rejoindre le cœur.
C’est ainsi qu’est née cette Grande Traversée du Marais audomarois : 21 kilomètres répartis sur deux jours, avec une première étape de 14 kilomètres et une seconde de 7 kilomètres. Une distance bien plus courte que celle du Grand Tour, mais un défi d’une tout autre nature.
Du Grand Tour à la Grande Traversée
Le Grand Tour et la Grande Traversée racontent le même territoire, mais ils ne le montrent pas sous le même angle.
En 2025, le défi reposait d’abord sur la distance et la continuité : trois jours pour relier les différentes facettes du marais, en suivre les limites et comprendre son étendue. Cette fois, l’enjeu n’était plus d’accumuler les kilomètres. Il était de trouver une ligne permettant de passer d’une rive à l’autre en restant aussi proche que possible de son centre.
Sur une carte, le principe semblait presque simple. Il suffisait de tracer un axe à travers le marais, de repérer les chemins et de construire deux étapes équilibrées.
Mais le Marais audomarois ne se résume pas à un espace vert traversé par quelques sentiers. C’est un territoire vivant, cultivé et habité. Les voies d’eau découpent les terres, les parcelles se succèdent et de nombreux accès répondent d’abord aux besoins des habitants, des riverains et des agriculteurs.
Le Grand Tour me demandait de suivre une limite. La Grande Traversée allait m’obliger à comprendre les usages du territoire.
| Le Grand Tour de 2025 | La Grande Traversée de 2026 |
| Environ 75 km | 21 km |
| Trois jours | Deux jours |
| Suivre les contours | Passer par le centre |
| Comprendre l’étendue du marais | Entrer dans son intimité |
| Relever le défi de la distance | Trouver une continuité entre les chemins |
| Observer depuis la périphérie | Composer avec les usages du territoire |
Le Marais audomarois vu de l’intérieur
Le Marais audomarois couvre 3 726 hectares. Inscrit sur la liste Ramsar depuis 2008, il forme un paysage de terres, de prairies, de tourbières et de voies d’eau façonné par les activités humaines depuis plusieurs siècles.
Il est également reconnu comme réserve de biosphère par l’UNESCO. Cette reconnaissance met précisément en valeur la coexistence entre la biodiversité, les activités humaines et le développement durable.
Cette relation entre l’homme et l’eau se lit partout. Le paysage actuel est le résultat d’un patient travail d’aménagement : les habitants du marais ont creusé des rivières, appelées wateringues, et des fossés de drainage, les watergangs, afin d’assécher et de cultiver les terres.
Ces mots ne désignent pas seulement des éléments du décor. Ils racontent la manière dont le territoire fonctionne.
Les watergangs quadrillent les parcelles et recueillent l’eau. Les wateringues structurent la circulation. Les ponts relient certaines maisons et certains terrains à la route. Ailleurs, l’accès se fait ou s’est longtemps fait par bateau. Le marais n’est donc pas organisé autour d’un réseau de chemins continus conçu pour le promeneur : il suit sa propre logique, faite d’eau, de terres agricoles, de propriétés et d’usages locaux.
C’est cette organisation que j’allais découvrir de l’intérieur.
La carte imaginée, le terrain réel
Avant de partir, j’avais étudié les cartes et cherché une trace cohérente. Je voulais traverser le marais au plus près de son centre, tout en utilisant les chemins qui semblaient accessibles.
La préparation cartographique est une partie du plaisir. Elle permet d’imaginer le voyage avant même d’avoir chaussé ses chaussures de course. On zoome, on suit une ligne, on repère un pont, une route étroite ou un sentier qui paraît assurer la liaison avec le tronçon suivant.
Pourtant, une carte ne raconte jamais tout.
Elle ne montre pas toujours qu’un passage dessert une propriété. Elle ne dit pas nécessairement qu’un pont est réservé aux riverains. Elle peut laisser croire qu’un chemin se prolonge alors qu’il s’interrompt devant une parcelle agricole, une barrière ou un watergang.
Dans le marais, quelques mètres peuvent suffire à transformer un itinéraire évident en impasse. Une maison, un fossé ou un accès privé oblige alors à revenir sur ses pas, à chercher une autre solution ou à demander un renseignement.
La trace préparée m’a donné une direction. Le terrain allait décider du chemin réel.
Jour 1 : 14 km pour entrer dans l’intimité du marais
La première journée devait constituer la partie la plus longue de la traversée : 14 kilomètres pour quitter les secteurs les plus facilement accessibles et entrer progressivement dans un marais plus confidentiel.
Dès les premières foulées, l’ambiance différait de celle du Grand Tour. Je n’avais plus devant moi de longues portions permettant de suivre tranquillement la périphérie. Le parcours semblait se resserrer autour de moi.
Les chemins devenaient plus étroits. L’eau apparaissait puis disparaissait derrière les roseaux. Certaines habitations semblaient presque posées au bord du marais. Pour rejoindre la route, leurs occupants empruntaient de petits ponts privés jetés au-dessus des watergangs.
Ces ponts m’ont particulièrement marqué. Pour celui qui passe rapidement, ils pourraient n’être que de simples ouvrages pratiques. En les observant, ils racontent pourtant une autre manière d’habiter : ici, quelques mètres de bois, de métal ou de béton peuvent constituer le lien quotidien entre une maison et le reste du territoire.
La course permettait de progresser, mais elle n’était jamais une fin en soi. Je ralentissais souvent. Je m’arrêtais pour regarder un détail, vérifier une direction, prendre une photographie ou simplement comprendre comment les lieux s’organisaient.
À mesure que j’avançais, la difficulté principale du projet devenait plus concrète. Plusieurs passages que j’avais repérés n’étaient pas des voies publiques ordinaires. Certains accès étaient réservés aux riverains. D’autres servaient au travail agricole et à l’accès aux parcelles, notamment celles consacrées aux cultures maraîchères.
Il n’était évidemment pas question de considérer le marais comme un terrain de jeu ouvert où une trace GPS donnerait tous les droits. Lorsqu’un accès n’était pas clairement public, je m’arrêtais. Je cherchais un autre passage ou j’allais à la rencontre des habitants pour expliquer simplement ma démarche.
C’est à ce moment-là que la traversée a pris une dimension que je n’avais pas entièrement anticipée.
Demander plutôt que passer
J’aurais pu ne retenir de ces obstacles que la frustration d’une trace interrompue. Ils sont au contraire devenus l’un des souvenirs les plus humains de cette aventure.
J’ai dû aller vers les personnes présentes, dire d’où je venais, expliquer ce projet un peu particulier et demander si un passage était envisageable. Non pas revendiquer un itinéraire imaginé depuis un écran, mais reconnaître que j’entrais dans leur environnement quotidien.
Ces échanges ont changé mon regard sur la notion même de traversée. Je ne cherchais plus seulement une continuité géographique. Je devais aussi créer, le temps d’une conversation, un lien de confiance.
Les habitants auraient pu accueillir ma demande avec méfiance. J’ai surtout rencontré de la curiosité, de la bonne humeur et de la bienveillance. Certains ont pris le temps de m’écouter, de m’expliquer les lieux, de préciser quels passages étaient possibles ou de m’orienter vers une solution plus adaptée.
Un obstacle sur la carte devenait alors une rencontre sur le terrain.
Il faut cependant être très clair : l’autorisation accordée à une personne dans un contexte précis ne transforme pas un accès privé en chemin public. Elle ne vaut ni pour une autre date ni pour d’autres coureurs. Les recommandations officielles applicables aux voies d’eau rappellent d’ailleurs de ne pas franchir les chaînes, barrières ou obstacles signalant un accès privé.
C’est pourquoi cette aventure doit être lue comme un récit personnel, et non comme un itinéraire à reproduire à l’identique.
Jour 2 : 7 km pour achever la traversée
La seconde étape ne comptait que 7 kilomètres. Sur le papier, elle paraissait presque légère après les 14 kilomètres de la veille.
Mais la valeur d’une journée ne se mesure pas uniquement à sa distance. Il restait à prolonger la ligne commencée, à retrouver le rythme du marais et à parcourir les derniers passages permettant de considérer la traversée comme accomplie.
Je suis reparti avec un regard différent. La première journée m’avait appris à ne pas faire confiance trop vite à la continuité apparente d’un chemin. Je savais désormais que chaque pont, chaque intersection et chaque bande de terre pouvaient répondre à un usage précis.
Ces 7 derniers kilomètres ont confirmé l’impression de la veille : au cœur du marais, la progression est moins linéaire qu’elle n’en a l’air. Le regard passe sans cesse du sol à l’eau, de la carte aux maisons, du sentier aux cultures.
Je courais lentement, sans chercher à gagner du temps. Ce rythme me laissait disponible pour les paysages et les rencontres. Il me permettait également d’accepter les hésitations, les vérifications et les détours sans les considérer comme des erreurs.
Puis la ligne s’est achevée.
Il n’y avait ni arche d’arrivée ni chronomètre officiel. Seulement la satisfaction d’avoir relié les deux côtés du marais en deux jours et d’avoir transformé une idée tracée sur une carte en une expérience vécue.
La distance totale atteignait 21 kilomètres : bien moins que lors du Grand Tour, mais suffisamment pour découvrir un autre territoire à l’intérieur du territoire que je connaissais déjà.
Watergangs, ponts et maisons au bord de l’eau
S’il fallait retenir quelques images de cette traversée, les plus spectaculaires ne seraient pas forcément les plus importantes.
Je repense d’abord aux sentiers intimes, à ces chemins qui donnent l’impression de s’éloigner du monde alors que des habitants vivent à quelques mètres. Je revois l’eau parallèle à ma course, puis coupant soudain ma progression.
Je me souviens des watergangs. Ils pourraient sembler modestes, mais ils sont indispensables au drainage des terres et à la lecture du paysage. Ils dessinent des frontières discrètes, séparent les parcelles et imposent leurs propres règles à celui qui avance à pied.
Je revois surtout les maisons du bord du marais. Certaines ne sont reliées à la route que par un pont individuel enjambant un fossé. Cette proximité avec l’eau donne au lieu une identité particulière : ici, le paysage n’est pas seulement contemplé, il organise les déplacements et la vie quotidienne.
Le marais est souvent présenté comme un espace naturel. Il l’est, bien sûr, et sa biodiversité justifie ses nombreuses reconnaissances. Mais le parcourir par son centre rappelle qu’il est aussi un patrimoine culturel, agricole et humain. Le site Ramsar lui-même souligne cette coexistence entre patrimoine naturel et culturel dans un milieu façonné par l’homme.
Le Marais audomarois est enfin le dernier marais maraîcher de France. Ses terres cultivées, ses voies d’eau et son parcellaire témoignent d’un équilibre ancien entre production agricole et zone humide.
Courir au milieu de cet ensemble ne revient donc pas à traverser une nature vide. C’est entrer, pour quelques heures, dans un espace de travail et de vie.
Une traversée en chiffres
| Étape | Distance | Esprit de l’étape |
| Jour 1 | 14 km | Entrer progressivement dans les secteurs les plus intimes du marais |
| Jour 2 | 7 km | Prolonger la ligne et achever la traversée |
| Total | 21 km | Relier les deux côtés du marais par son centre |
Ces chiffres donnent une échelle au projet, mais ils n’en racontent pas l’essentiel.
Le temps passé à courir importe moins que celui consacré à regarder, à chercher et à échanger. Les arrêts ne sont pas venus interrompre la traversée : ils en faisaient pleinement partie.
Comme lors du Grand Tour, je n’étais pas là pour réaliser une performance chronométrique. Je voulais avancer suffisamment lentement pour voir le territoire et suffisamment longtemps pour laisser une place à l’imprévu.
Ce que le centre révèle
Le Grand Tour m’avait permis de mesurer l’étendue du Marais audomarois. La Grande Traversée m’en a révélé la profondeur.
Depuis ses contours, on comprend sa géographie générale. En passant par son centre, on découvre plus directement la manière dont l’eau, les terres, les maisons et les activités humaines s’imbriquent.
Le tour montrait le marais comme un vaste paysage. La traversée me l’a montré comme un assemblage de lieux vécus.
Elle m’a aussi rappelé qu’une carte représente l’espace, mais rarement les relations humaines qui permettent parfois de le parcourir. Aucun fond cartographique ne peut prévoir la discussion avec un habitant, le conseil donné au bord d’un chemin ou le sourire qui accompagne une indication.
Cette traversée m’a enfin appris qu’un itinéraire réussi n’est pas nécessairement celui que l’on suit exactement comme prévu. C’est celui que l’on sait adapter sans perdre le sens du projet ni oublier le respect dû aux lieux.
L’aventure locale, autrement
Il n’est pas nécessaire de partir loin pour vivre une aventure.
Cette conviction était déjà au cœur de mon Grand Tour. Elle s’est renforcée pendant ces deux nouvelles journées. À proximité de chez soi, un changement d’angle peut suffire à transformer un paysage familier en territoire d’exploration.
En 2025, j’avais regardé le marais depuis sa périphérie. En 2026, j’ai essayé d’en suivre une ligne centrale. Le lieu était le même, mais le voyage était différent.
L’aventure locale ne consiste pas uniquement à trouver des endroits inconnus. Elle invite aussi à interroger ce que l’on pensait connaître, à regarder derrière une route familière et à comprendre pourquoi un chemin, un pont ou un fossé se trouve précisément là.
Elle demande peu de moyens, mais beaucoup de disponibilité. Il faut accepter de ralentir, de se tromper, de revenir sur ses pas et de parler aux personnes rencontrées.
Ce sont parfois ces détours qui donnent sa valeur au trajet.
Découvrir le marais sans reproduire ma trace
Cette Grande Traversée est un récit d’expérience, pas la description d’un parcours intégralement public et balisé. Certaines portions rencontrées desservent des habitations ou des exploitations. D’autres sont réservées aux riverains ou nécessitent une autorisation ponctuelle.
Je déconseille donc de télécharger une trace et de la suivre aveuglément. Une ligne GPS ne remplace ni la signalisation, ni le droit de propriété, ni l’attention portée aux activités agricoles.
Pour préparer une découverte du Marais audomarois à pied ou en courant :
- Restez sur les chemins publics, balisés ou explicitement autorisés.
- Ne franchissez jamais une clôture, une chaîne, une barrière ou un panneau d’interdiction.
- Ne considérez pas un pont desservant une habitation comme un passage public.
- Respectez le travail des maraîchers et n’entrez pas dans les parcelles cultivées.
- Si un accès paraît incertain, demandez poliment un renseignement et acceptez sans discussion qu’il puisse être refusé.
- Prévoyez toujours une variante et soyez prêt à faire demi-tour.
- Évitez de diffuser avec précision les passages sensibles ou privés.
- Informez un proche de votre parcours et adaptez votre équipement à la météo ainsi qu’à l’état des chemins.
Pour une première découverte, mieux vaut choisir les itinéraires officiels. Le Lansbergue propose notamment une boucle pédestre d’environ 5,7 kilomètres au cœur du marais ; le sentier du Booneghem permet lui aussi d’en découvrir les paysages sur un parcours d’environ 6 kilomètres.
Ces chemins offrent déjà une belle immersion sans créer de gêne pour les riverains ni pour les professionnels.
Ce que je retiens
En 2025, j’avais appris qu’un territoire ne se résumait pas à ses contours.
Cette fois, j’ai compris que son cœur ne se conquiert pas. Il se découvre avec patience, se traverse avec respect et s’ouvre parfois grâce à quelques mots échangés au bord d’un chemin.
Je retiens les sentiers étroits, les watergangs, les maisons reliées par leurs ponts privés et les terres cultivées. Je retiens aussi les hésitations devant certains accès et la nécessité d’adapter ma trace à la réalité.
Mais je retiens surtout les habitants rencontrés, leur curiosité, leurs explications, leur bonne humeur et leur bienveillance.
Au fond, cette Grande Traversée n’était pas seulement un projet sportif ou géographique. Elle était une nouvelle manière d’aller vers le Marais audomarois et vers celles et ceux qui le font vivre.
Après en avoir fait le tour, je voulais rejoindre son centre.
J’y ai trouvé son cœur.
Pour aller plus loin
Le récit de mon premier défi est à retrouver dans l’article « Au fil du temps autour du Marais : trois jours pour redécouvrir les secrets de l’Audomarois en courant le Grand Tour du Marais ».
Les cartes des deux étapes, les éventuelles traces publiques et l’album photographique peuvent accompagner ce nouveau récit lors de sa publication. Pour préserver la tranquillité des habitants et le travail des agriculteurs, les segments privés ou sensibles gagneront à être masqués plutôt qu’à être proposés au téléchargement.
Trace GPS complète sur Strava
L’album photo complet
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