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Cinquante kilomètres, cinq étapes et une autre manière de faire le tour de Paris : en suivant le GR®75, j’ai découvert une ceinture étonnamment verte, peuplée d’oiseaux et traversée par l’ancienne Petite Ceinture. Une aventure urbaine matinale, ponctuée de belles surprises… et de quelques portes fermées.
Un nouveau tour de Paris, mais par le côté vert
J’avais déjà fait le tour de Paris en courant.
La première fois, j’avais choisi de suivre les boulevards des Maréchaux. Un itinéraire logique, lisible et résolument urbain, avec la circulation, les portes de Paris, le tramway et cette impression permanente de longer la frontière de la capitale.
Mais Paris possède une autre ceinture, beaucoup plus discrète. Elle ne se révèle pas au premier regard. Elle se glisse dans les espaces verts, emprunte des promenades aménagées, rejoint d’anciennes voies ferrées et traverse des lieux que l’on aurait parfois du mal à associer à l’image d’une métropole aussi dense.
Cette ceinture, c’est le GR®75.
Il ne m’en fallait pas davantage pour imaginer un nouveau challenge : réaliser une nouvelle fois le tour de Paris, mais en suivant cette fois les petites balises blanches et rouges du sentier de grande randonnée.
Après une traversée de Paris le long de la Seine, un run sur le méridien de Paris et le tour exact des arrondissements, cette boucle avait naturellement sa place dans mes Foulées Vagabondes.
Une nouvelle ligne à suivre. Une nouvelle règle du jeu. Et surtout, une nouvelle manière d’observer Paris.
Le GR®75, qu’est-ce que c’est ?
Le GR®75 est un sentier de grande randonnée entièrement parisien. Son itinéraire forme une boucle d’environ 50 km entre les boulevards des Maréchaux et le boulevard périphérique. Il traverse neuf arrondissements périphériques et passe à proximité de plusieurs sites liés à l’histoire olympique de la capitale.
Inauguré en 2017, le parcours a été créé dans le contexte de la candidature de Paris aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Son ambition était de proposer un itinéraire piétonnier et sportif sur la ceinture verte parisienne.
Son nom semble avoir été trouvé sur mesure. Le nombre 75 correspond bien sûr au numéro du département de Paris. La FFRandonnée Paris indique également que le circuit traverse 75 espaces verts : parcs, jardins, bois, promenades et autres respirations végétales réparties tout autour de la ville.
Je dois toutefois faire un aveu : je ne les ai pas comptés.
J’étais trop occupé à courir, à suivre la trace, à chercher les balises et, parfois, à comprendre comment sortir d’un parc dont la grille opposée était fermée. Le mystère du nombre exact mériterait presque un nouveau tour, avec un carnet et un crayon cette fois-ci.
Le parcours est balisé dans les deux sens. Son point de départ de référence se situe porte de la Villette, mais puisqu’il s’agit d’une boucle, chacun peut naturellement commencer à l’endroit qui l’arrange.
Pourquoi cinq étapes de 10 km ?
Il est évidemment possible de parcourir le GR®75 d’une traite. Cinquante kilomètres représentent cependant une distance qui transforme rapidement la découverte urbaine en véritable épreuve d’endurance.
Or, mon objectif n’était pas seulement de boucler le tracé. Je voulais prendre le temps de regarder les lieux traversés, de faire quelques photos, de m’arrêter lorsque le paysage ou une rencontre le méritaient et, surtout, de profiter de cette autre vision de Paris.
J’ai donc choisi de diviser le parcours en cinq étapes d’environ 10 km.
Ce format présente plusieurs avantages. Dix kilomètres constituent une vraie sortie running, tout en restant une distance facile à intégrer à une matinée. Les nombreux métros et tramways situés autour du parcours permettent également de rejoindre assez simplement un point de départ, puis de rentrer depuis le point d’arrivée.
Chaque sortie avait ainsi un double visage : une étape autonome, avec sa propre ambiance et ses propres surprises, mais également une pièce supplémentaire d’un puzzle de 50 km.
À chaque nouveau départ, il fallait reprendre exactement là où je m’étais arrêté. Et à chaque arrivée, la boucle se refermait un peu plus.
Cinq runs pour assembler une seule boucle
Courir le GR®75 en plusieurs étapes procure une sensation assez particulière. Après la première sortie, le projet ressemble encore à une simple ligne tracée sur la carte. Après la deuxième, un arc commence à apparaître. Puis les kilomètres s’additionnent, les quartiers se répondent et les souvenirs finissent par former une continuité.
D’une étape à l’autre, le décor change sans cesse. Certains passages sont très urbains et rappellent que le sentier reste entièrement situé dans Paris. D’autres traversent de grands parcs, longent des plans d’eau ou s’enfoncent sous les arbres. Quelques portions permettent même d’oublier, pendant plusieurs minutes, le périphérique et les immeubles voisins.
Ce contraste constitue l’une des grandes forces du GR®75. Il ne cherche pas à dissimuler la ville. Il joue plutôt avec elle, alternant ses différents visages : le Paris minéral, le Paris sportif, le Paris ferroviaire, le Paris végétal et le Paris encore endormi du petit matin.
Mes cinq étapes ne se sont donc pas résumées à cinq fractions quasi identiques de 10 km. Chacune avait sa couleur, son rythme et son petit imprévu. Ensemble, elles ont dessiné un tour de Paris très différent de celui que j’avais effectué par les Maréchaux.
Les parcs de Paris rien que pour moi
J’aime courir tôt.
Très tôt, même.
À cette heure-là, les rues sont encore calmes, les terrasses attendent leurs premiers clients et les parcs semblent parfois avoir oublié qu’ils se trouvent au cœur d’une ville de plusieurs millions d’habitants.
Ce fut l’une des plus belles surprises de ce challenge.
Au fil de mes étapes, j’ai traversé plusieurs jardins presque déserts. Pas de groupes installés sur les pelouses, peu de promeneurs, parfois aucun autre coureur. Seulement les allées, les arbres, la lumière du matin et le bruit régulier de mes pas.
Pendant quelques instants, ces espaces semblaient m’appartenir.
Il y a quelque chose de privilégié à découvrir un parc parisien avant son réveil. Les perspectives sont plus dégagées. Les sons portent davantage. On remarque des détails que la fréquentation habituelle finit par masquer : une passerelle, un bassin, une sculpture, une ancienne infrastructure ou un sentier secondaire que l’on n’aurait probablement pas emprunté en temps normal.
Le GR®75 m’a ainsi rappelé qu’un challenge running n’a pas nécessairement besoin de conduire très loin pour procurer une impression d’évasion. Il suffit parfois de choisir une heure inhabituelle et de suivre un itinéraire que l’on ne connaissait pas.
Un étonnant bestiaire parisien
À cette heure matinale, les jardins ne sont pourtant jamais complètement déserts.
Leurs premiers occupants sont simplement différents.
Au fil du parcours, j’ai croisé des canards, des oies, des poules d’eau, des cygnes et même des hérons cendrés. Autant de rencontres que l’on associe plus spontanément à une balade en pleine campagne qu’à un tour de Paris en courant.
Cette présence animale a accompagné plusieurs de mes étapes. Au bord de l’eau, les oiseaux observaient le passage des rares coureurs avec une indifférence tranquille. Certains s’écartaient légèrement. D’autres semblaient considérer que l’allée leur appartenait et que c’était à moi de modifier ma trajectoire.
Ils n’avaient probablement pas tort.
Ces rencontres ont donné une dimension inattendue au challenge. Je pensais partir à la découverte de la ceinture verte de Paris ; je me suis parfois retrouvé à improviser une modeste séance d’observation ornithologique entre deux kilomètres.
Elles illustrent également ce que le GR®75 montre de mieux : Paris ne se limite pas à ses façades, à ses monuments et à ses grands axes. Même à proximité du périphérique, la capitale abrite des refuges où l’eau, les arbres et la faune reprennent une partie de l’espace.
La Petite Ceinture comme chemin de traverse
Parmi les passages les plus marquants figurent ceux qui longent ou rejoignent l’ancienne Petite Ceinture.
Cette ligne ferroviaire historique faisait autrefois le tour de Paris. Plusieurs de ses emprises ont progressivement été transformées en promenades et en corridors végétalisés. Sur certaines portions du GR®75, elle devient un chemin de traverse, à l’écart de la circulation et légèrement en retrait de la ville.
Les rails, les talus, les ponts et la végétation spontanée donnent à ces passages une identité très particulière. On ne court plus tout à fait dans un parc, mais pas davantage dans une rue classique. On progresse dans un espace intermédiaire, chargé d’histoire, où Paris semble avoir recyclé une ancienne frontière technique pour en faire un lieu de promenade.
Pour un amateur de challenges urbains, le symbole est assez plaisant : deux boucles parisiennes se croisent alors. Celle du GR®75 et celle de l’ancien chemin de fer. L’une se parcourt désormais en suivant des balises blanches et rouges ; l’autre continue d’apparaître entre les herbes, les quais abandonnés et les aménagements contemporains.
Ces portions comptent parmi celles où j’ai le plus ressenti cette impression de voyager à l’intérieur même de Paris.
Le problème des parcs encore fermés
Courir tôt offre des jardins déserts. Mais cette tranquillité a une contrepartie : certains jardins sont tellement calmes qu’il est tout simplement impossible d’y entrer.
Plusieurs espaces verts n’ouvrent que tardivement le week-end, parfois à 9 heures. Lorsque l’on part aux premières heures du jour, cette information change sensiblement le parcours.
La balise indique l’entrée du parc. La trace GPS confirme qu’il faut continuer tout droit. Mais la grille, elle, reste parfaitement immobile.
Il ne reste alors qu’à contourner le parc, retrouver le tracé de l’autre côté et accepter d’ajouter quelques centaines de mètres à l’étape.
Le plus déroutant reste toutefois le parc ouvert d’un côté et fermé de l’autre. On entre sans difficulté, satisfait de retrouver le parcours officiel. On traverse les allées en profitant du calme. Puis on découvre, devant la sortie prévue, une grille verrouillée.
Il faut alors rebrousser chemin ou chercher une autre issue, avec cette légère frustration propre aux détours qui auraient pu être évités.
Ces incidents ne remettent évidemment pas en cause l’intérêt du parcours. Ils font même partie de l’aventure. Mais ils rappellent qu’un itinéraire de randonnée urbain traverse des espaces soumis à des horaires, à des travaux et à des fermetures ponctuelles.
Le tracé existe sur la carte. Dans la réalité, il faut parfois négocier avec les portes.
Et les parcs ouverts 24 heures sur 24 ?
À l’inverse, certains parcs restent accessibles en permanence. Pour un coureur matinal, ils constituent de véritables passages privilégiés.
Pouvoir traverser un espace vert dès l’aube, sans attendre l’ouverture officielle, permet de conserver la logique du parcours et d’éviter les détours par les rues voisines. C’est aussi dans ces lieux que l’atmosphère du GR®75 se révèle le mieux : silence, allées presque vides, animaux déjà actifs et ville encore assoupie.
Cette différence entre les parcs ouverts en continu et ceux qui restent fermés jusqu’en milieu de matinée mérite d’être anticipée. Avant chaque étape, un rapide contrôle des horaires permet d’éviter une partie des mauvaises surprises.
Il faut toutefois vérifier les informations peu avant le départ. Les horaires peuvent varier selon les saisons, les jours, les conditions météorologiques ou des interventions ponctuelles.
Mes conseils pour courir le GR®75
Le GR®75 ne présente pas de difficulté technique particulière, mais quelques précautions rendent l’expérience plus fluide :
- Vérifier les horaires des parcs, surtout pour une sortie tôt le matin ou pendant le week-end.
- Emporter la trace GPS, car le balisage peut devenir moins visible à certains carrefours ou lors d’un détour.
- Observer les deux côtés d’une entrée avant de traverser un parc : une grille ouverte ne garantit pas que la sortie prévue le soit également.
- Découper le parcours près des transports, afin de simplifier le retour après chaque étape.
- Prévoir une petite marge kilométrique, car les contournements et les hésitations peuvent allonger le trajet.
- Rester attentif dans les espaces partagés, notamment sur les promenades étroites fréquentées par des marcheurs ou des cyclistes.
- Lever les yeux, car l’intérêt du GR®75 réside autant dans ses paysages, ses animaux et son patrimoine que dans la distance parcourue.
- Prendre des photos, non seulement des grands parcs, mais aussi des balises, des anciennes voies ferrées et de tous ces détails qui donnent au parcours sa personnalité.
Il est possible de suivre le GR dans les deux sens. Le parcours officiel est décrit dans le sens des aiguilles d’une montre au départ de la porte de la Villette, mais aucune obligation n’impose de respecter ce choix.
GR®75 ou boulevards des Maréchaux ?
Après avoir réalisé les deux parcours, la comparaison s’impose naturellement.
Les boulevards des Maréchaux proposent un tour de Paris direct, très lisible et profondément urbain. La continuité est évidente : il suffit de suivre la ceinture des boulevards, au rythme des portes, des carrefours et du tramway.
Le GR®75 offre une expérience plus sinueuse. Il cherche les espaces verts, quitte ponctuellement les grands axes, traverse des jardins et suit certaines traces du passé ferroviaire. Il demande davantage d’attention, mais réserve aussi plus de surprises.
| Critère | Boulevards des Maréchaux | GR®75 |
|---|---|---|
| Ambiance | Urbaine et minérale | Végétale et changeante |
| Guidage | Itinéraire très lisible | Balisage et trace GPS utiles |
| Circulation | Très présente | Souvent atténuée dans les parcs |
| Principaux imprévus | Carrefours, travaux et flux urbains | Horaires, grilles fermées et détours |
| Regard sur Paris | Ses portes et sa limite administrative | Ses jardins, sa faune et ses chemins périphériques |
| Sensation dominante | Faire physiquement le tour de la ville | Explorer une ceinture verte cachée |
Il ne s’agit pas de déterminer quel parcours est le meilleur. Ils racontent deux versions complémentaires de la périphérie parisienne.
Les Maréchaux montrent une ville en mouvement, structurée par ses axes et ses infrastructures. Le GR®75 dévoile les interstices, les respirations et les continuités végétales qui se cachent entre ces mêmes infrastructures.
Faire les deux permet finalement de superposer deux cartes : celle du Paris que l’on traverse habituellement et celle d’un Paris que l’on prend rarement le temps d’observer.
Cinquante kilomètres pour redécouvrir la périphérie parisienne
Lorsque j’ai terminé la cinquième étape, je n’avais pas seulement ajouté une nouvelle boucle à ma collection de challenges running.
J’avais assemblé cinq matinées différentes. Cinq sorties d’une dizaine de kilomètres, avec leurs ambiances, leurs rencontres animales, leurs passages historiques et leurs petites contrariétés logistiques.
Le GR®75 m’a montré une périphérie parisienne bien plus verte que je ne l’imaginais. Il m’a offert des jardins presque privés au petit matin, des portions de Petite Ceinture chargées d’histoire et un étonnant cortège de canards, d’oies, de poules d’eau, de hérons et de cygnes.
Il m’a aussi appris à me méfier des grilles.
Surtout, ce parcours confirme ce que j’apprécie dans les challenges running : la distance ne constitue qu’un prétexte. La véritable satisfaction vient de la règle que l’on s’impose, du fil que l’on décide de suivre et du regard nouveau que cette contrainte nous oblige à porter sur un territoire familier.
Faire le tour de Paris par le GR®75, c’est courir autour de la capitale tout en passant régulièrement dans ses coulisses. C’est longer sa frontière sans toujours la voir. C’est avancer entre le périphérique et les Maréchaux, mais choisir aussi souvent que possible les arbres, les chemins et les anciennes voies ferrées.
Quant aux fameux 75 espaces verts, je ne peux toujours pas certifier leur nombre.
Il faudra peut-être que je recommence le tour pour les compter.
Cette fois, je prendrai un carnet.
Trace GPS complète sur Strava
Trace GPS :
- Etape 1/5 : https://www.strava.com/activities/19005704424
- Etape 2/5 : https://www.strava.com/activities/20139226160
- Etape 3/5 : https://www.strava.com/activities/20235886659
- Etape 4/5 : https://www.strava.com/activities/20428487870
- Etape 5/5 : https://www.strava.com/activities/20442795065
L’album photo complet
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Pour découvrir mes autres Running Challenges, je vous invite à parcourir cet article qui rassemble tous les running challenges dans lesquels je me suis lancés, passés, en cours ou à venir. L’objectif principal de cette page est de partager mon expérience, raconter des anecdotes ou encore donner quelques conseils à ceux qui voudraient se lancer dans des challenges similaires.











