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Introduction
Alors que l’ouverture du musée Hector Guimard à l’hôtel Mezzara se profile pour 2027-2028, le XVIᵉ arrondissement de Paris s’apprête à renouer avec l’héritage du maître incontesté de l’Art nouveau français. Architecte audacieux et créateur visionnaire, Guimard a imprimé à ce quartier cossu son empreinte organique et poétique. Partons sur ses traces à travers quelques-unes de ses réalisations emblématiques, témoins d’un génie qui a su marier esthétique, fonctionnalité et modernité.
A voir, en fin d’article, la carte des lieux
Proposition de promenade
Pour minimiser la marche et garder une logique fluide, le plus simple est de construire une boucle autour du « noyau » Auteuil (rue La Fontaine / rue Agar / rue Gros), puis de remonter vers l’avenue Mozart avant de finir côté François Millet.
Voici notre proposition d’itinéraire piéton avec un ordre cohérent et limitant les distances entre chaque étape, sous forme de boucle autour d’Auteuil et de l’avenue Mozart. Il s’agit d’une marche architecturale d’environ 2 à 3 heures, selon le temps consacré à chaque arrêt.
Le Castel Béranger, manifeste de l’Art nouveau
Point de départ emblématique au cœur d’Auteuil, facilement accessible en métro (stations Jasmin ou Michel-Ange Auteuil).

Situé au 14 rue Jean-de-La-Fontaine, le Castel Béranger marque l’entrée triomphale de Guimard dans la modernité architecturale. Construit entre 1895 et 1898, cet immeuble révolutionnaire fut le premier à arborer un style résolument nouveau, rompant avec l’académisme haussmannien. Ses façades foisonnantes, ses ferronneries sinueuses et ses intérieurs décorés jusque dans les moindres détails lui valurent le titre de « faubourg du rêve ». Il fut d’ailleurs récompensé au concours de façades de la Ville de Paris en 1899.
L’Hôtel Mezzara, joyau bientôt musée
À quelques minutes à pied du Castel Béranger, on reste dans la même dynamique de découverte de la rue La Fontaine, cœur guimardien d’Auteuil.

Édifié en 1910 pour le soyeux Paul Mezzara, l’hôtel Mezzara au 60 rue Jean-de-La-Fontaine condense toute la maturité artistique d’Hector Guimard. Cette demeure privée, aujourd’hui propriété de l’État, illustre l’équilibre parfait entre structure et décor : ferronneries florales, baies courbes, vitraux raffinés et harmonie des matières. La transformation prochaine du bâtiment en musée promet de redonner vie à ce chef-d’œuvre Art nouveau, tout en rendant hommage à son créateur.
Ensemble d’immeubles des rues Gros, La Fontaine et Agar
On poursuit en descendant la rue La Fontaine vers les numéros 17–19–21, puis on enchaîne avec les immeubles de la rue Agar et de la rue Gros.

Trio discret mais essentiel, ces immeubles témoignent du prolongement de la démarche de Guimard après le succès du Castel Béranger. Rue Gros, il privilégie un langage formel plus sobre, où la fluidité de la ligne prime. Rue La Fontaine, les façades jouent sur des volumes ondulants et des matériaux variés. Rue Agar, enfin, il expérimente une architecture plus rationnelle, anticipant déjà la transition vers l’Art déco.
La station de métro Mirabeau, un seuil vers la modernité
Depuis la rue Gros, on rejoint rapidement la station Mirabeau ; c’est un moment propice pour parler du rôle de Guimard dans l’esthétique du métro parisien et de la modernité des transports au tournant du XXᵉ siècle.

La station Mirabeau, située sur la ligne 10, fait partie de ces lieux où l’on peut imaginer l’ombre d’Hector Guimard, tant ses célèbres entourages de métro ont marqué le paysage parisien. Même si la station ne conserve pas d’édicule complet attribué à Guimard comme certaines entrées emblématiques du réseau, elle s’inscrit dans ce contexte de modernisation urbaine où l’architecte a joué un rôle clé, en donnant au métro une identité visuelle forte et organique. À proximité immédiate des ateliers Guimard de l’avenue Perrichont et du quartier d’Auteuil, Mirabeau devient ainsi un seuil symbolique : un point de passage entre la ville industrielle en mutation, les expérimentations architecturales de Guimard et le Paris élégant de l’avenue Mozart.
Les ateliers Guimard, 8 avenue Perrichont prolongée (détruits)
En partant de Mirabeau, on remonte vers l’avenue Perrichont : on découvre ici l’ancien « laboratoire » de Guimard, lieu de conception et d’expérimentation aujourd’hui disparu mais essentiel dans une narration autour de Guimard.

C’est dans ces ateliers, également détruits, qu’Hector Guimard concevait et expérimentait certaines de ses innovations architecturales et décoratives. Véritable laboratoire de création, ce lieu fut le témoin d’un foisonnement d’idées : prototypes de ferronneries, esquisses de mobilier, mais aussi réflexions sur la préfabrication et l’architecture modulaire. Une vision avant-gardiste qui annonçait déjà certains principes du design industriel moderne.
L’Hôtel Guimard, 122 avenue Mozart
Ensuite, on se dirige vers l’avenue Mozart : la maison-atelier du couple Guimard/Oppenheim, qui marque le passage du Guimard d’Auteuil au Guimard plus bourgeois de la rive droite du XVIᵉ.

Édifié pour lui-même et son épouse, l’artiste américaine Adeline Oppenheim, l’Hôtel Guimard fut à la fois résidence et manifeste. Construit entre 1909 et 1913, ce bâtiment présente une façade d’une rare élégance, où la pierre et le métal dialoguent avec subtilité. À l’intérieur, Guimard créa un univers entièrement cohérent : mobilier, luminaires, textiles et agencement des espaces étaient pensés comme un tout. Un exemple parfait de l’art total cher à son créateur.
L’immeuble Trémois, 11 rue François Millet
À quelques rues de là, l’immeuble Trémois offre une étape finale dans un registre plus tardif et épuré, parfait pour clôturer le parcours sur une note de maturité stylistique.

Moins connu mais tout aussi raffiné, l’immeuble Trémois illustre la période de transition de Guimard vers un Art nouveau plus épuré. La richesse décorative s’y fait plus discrète, mais l’harmonie des lignes et la recherche du confort moderne demeurent intactes. Cet immeuble résidentiel témoigne du talent de Guimard pour adapter son sens du détail à des constructions plus fonctionnelles, sans renoncer à leur caractère artistique.
L’Hôtel particulier de Léon Nozal (détruit)
Ce lieu disparu peut être intégré dans le parcours soit au début, comme prologue mélancolique sur les pertes de l’Art nouveau, soit à la fin, comme « fantôme » du parcours, sans obligation de s’y rendre physiquement.

Commandé par le peintre Léon Nozal, cet hôtel particulier aujourd’hui disparu s’élevait au 52, rue du Ranelagh, non loin de l’actuel boulevard Exelmans. Construit entre 1899 et 1900, il traduisait la recherche de fluidité et l’unité décorative chère à Guimard : menuiseries sinueuses, mosaïques intégrées, mobilier dessiné sur mesure. Sa démolition rappelle la fragilité de l’héritage Art nouveau, longtemps jugé trop exubérant au goût du XXe siècle.
L’ancienne usine à gaz de Francis Rouland
Ce lieu s’intègre ici plus comme un élément narratif qu’un arrêt. On reste néanmoins dans le secteur Auteuil.
Moins connue du grand public, l’usine à gaz dirigée par Francis Rouland, locataire ultérieur de l’hôtel Mezzara, évoque un autre pan du tissu industriel du XVIe. Ce lien indirect rappelle comment le monde technique et le monde artistique se croisaient à l’époque, unis par un même souffle d’innovation. L’influence de Guimard, même dans l’entourage de ses commanditaires, témoigne de la portée durable de son œuvre.
La carte des lieux
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L’option « Plein Ecran » rend la consultation plus aisée
Bonus : d’autres lieux guimardiens à découvrir dans le XVIe
Pour les passionnés d’architecture, le XVIᵉ recèle d’autres traces du génie de Guimard : les fameuses bouches de métro en fonte et verre, symboles indissociables de Paris, ponctuent encore le paysage urbain. Le square Jasmin, la rue de la Fontaine ou encore la villa Flore offrent çà et là des façades inspirées par son style. Enfin, la promenade le long de l’avenue Mozart permet de percevoir l’évolution du quartier, où l’esprit de liberté et d’élégance d’Hector Guimard continue de planer.
Quelques recommandations de livres
- Hector Guimard – Le Geste magnifique de l’art nouveau (2016)
- Le Métropolitain d’Hector Guimard (2003)
- Le métropolitain d’Hector Guimard (2004)
- GUIMARD L’ART NOUVEAU DU METRO (2012)
Conclusion
Explorer les traces d’Hector Guimard dans le XVIᵉ arrondissement, c’est pénétrer dans un chapitre vivant de l’histoire de l’Art nouveau. Entre audace architecturale et vision moderniste, Guimard a su offrir à Paris un visage singulier, poétique et profondément humain. Le futur musée de l’hôtel Mezzara viendra compléter ce parcours, ouvrant les portes d’un monde où architecture et art ne font qu’un.

Passionnant. Toutes ces précisions viendront enrichir ma prochaine balade dans ce coin du XVIe que j’aime justement pour ses immeubles Art nouveau.