Exposition Oskar Kokoschka, un fauve à Vienne au Musée d’Art Moderne de Paris

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Le Musée d’Art Moderne de Paris (MAM) présente la première rétrospective parisienne consacrée à l’artiste autrichien Oskar Kokoschka (1886-1980), peintre, mais aussi écrivain, dramaturge et poète, qui a été porté par les bouleversements artistiques et intellectuels de la Vienne du début du XXe siècle.

Oskar Kokoschka a souvent été associé aux mouvements artistiques et intellectuels de la Vienne du début du XXe siècle et à ses contemporains Gustav Klimt (1862-1918) et Egon Schiele (1890-1918).  Mais son indépendance, sa créativité et la richesse de son parcours personnel et artistique excède ce contexte viennois. Kokoschka acceptait le qualificatif d’expressionniste dans sa volonté de traduire par la peinture ses états d’âme et ceux de son époque.

L’exposition présente 150 œuvres sur toile et sur papier les plus significatives de l’artiste, peu montré en France.

Elle met en lumière l’originalité dont fait preuve l’artiste autrichien, son sens de la provocation, la représentation de la société viennoise du début du siècle dernier, mais également l’intensité des états d’âmes de son époque.

Un « enfant terrible » à Vienne (1904-1916)

Kokoschka s’affirme par la crudité de ses dessins et textes, qui annoncent le courant expressionniste. Qualifié de fauve par la critique, Kokoschka se rase la tête pour ressembler à un bagnard. Kokoschka reçoit par le soutien de Loos de nombreuses commandes de portraits des membres de la société viennoise, qui n’acceptent pas toujours facilement le regard perçant que l’artiste pose sur eux. Combinant des exagérations maniéristes avec son propre expressionnisme, Kokoschka parvient à mettre en lumière les états intérieurs de ses modèles.

Les années de Dresde (1916-1923)

Alors qu’il traverse une phase de profonde dépression liée à la guerre, il est soigné dans un centre de convalescence à Dresde. À Dresde, Kokoschka visite régulièrement les musées et leurs chefs-d’œuvre de Rembrandt, Titien, Raphaël. Il recherche de nouvelles formes d’expression picturale. Les œuvres de cette période se distinguent par leurs couleurs intenses et lumineuses, appliquées par juxtaposition et épousant librement les formes du sujet.

Voyages et séjour à Paris (1923-1934)

Le décès de son père, en octobre 1923, constitue une césure dans le parcours de Kokoschka. Il abandonne son poste d’enseignant à Dresde, mais il ne parvient pas à demeurer à Vienne, où son art n’est toujours pas accepté. Kokoschka entreprend des voyages à travers l’Europe, l’Afrique du Nord, puis l’Orient. Les paysages, vues urbaines, portraits d’hommes et d’animaux qu’il produit alors tranchent avec le style qu’il expérimentait à Dresde, où il avait réalisé une série de vues de l’Elbe depuis son atelier. La matière est fluide, la palette élargie par de nouveaux rapports de couleurs et les touches enlevées, comme un écho aux traversées rapides de ces contrées. Durant cette période faste, Kokoschka tente de mieux se faire connaître à Paris et à Londres en y faisant des séjours prolongés.

Résistance à Prague (1934-1938)

Dès l’arrivée de Hitler au pouvoir, Kokoschka s’engage publiquement contre le nazisme. À Vienne, la guerre civile de 1934 qui oppose les fascistes aux socialistes fragilise la santé de sa mère, qui meurt quelques semaines plus tard. En difficulté financière, il émigre alors à Prague, ville dont son père était originaire et où réside sa sœur, Berta. Il y rencontre Olda Palkovskà (1915-2004), étudiante en droit, qu’il épousera en 1941. Depuis la Tchécoslovaquie, il voit le piège du nazisme se refermer progressivement sur l’Europe. Il publie de nombreux articles et organise des conférences pour alerter sur ce danger. L’exposition itinérante d’art dégénéré exhibe neuf de ses peintures aux côtés de nombreux chefs-d’œuvre de l’avant-garde européenne. Comme un défi lancé à cette situation, ses œuvres n’ont jamais été aussi chatoyantes et bucoliques.

Exil politique en Angleterre (1938-1946)

Depuis son exil en Angleterre, Oskar Kokoschka ne reste pas inactif. Il doit tout reconstruire dans ce pays où son art n’est pas encore reconnu. Les moyens artistiques dont use Kokoschka empruntent à une multiplicité de registres, mythologiques, satiriques ou encore populaires. En 1947, il obtient la citoyenneté britannique et peut à nouveau circuler à travers l’Europe.

Un artiste européen en Suisse (1946-1980)

En 1949, Kokoschka bénéficie d’une grande rétrospective au MoMA, à New York. Il confirme ainsi son statut d’artiste international et multiplie les portraits de personnalités politiques de premier plan. Pourtant, il ne cesse de remettre en jeu sa peinture. Opposant véhément à l’art abstrait, qui participe selon lui de la déshumanisation des sociétés modernes, il ouvre à Salzbourg en 1953 une « École du regard » qui prodigue un enseignement par l’image et l’observation. Allant au-delà des oppositions politiques, Kokoschka multiplie les représentations de récits mythologiques et de tragédies grecques. Il recherche dans ces récits exemplaires des moyens d’analyser la situation actuelle de l’Europe et en livre un commentaire critique.

Les œuvres des dernières années de Kokoschka témoignent d’une radicalité picturale proche de ses premières œuvres, dans la crudité sans concession des descriptions et l’urgence de la touche, ouvrant la voie à une nouvelle génération de peintres.

En pratique

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Jusqu’au 12 février 2023
11 avenue du Président Wilson
75016 Paris

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