L’homo numericus de Daniel Cohen

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L’homo numericus en bref

Dans la première partie, « L’illusion numérique « , l’auteur montre les différences entre l’homme – qui est à la fois corps et l’esprit – et la machine, qui est notamment dénuée de bon sens et d’émotion.
La révolution numérique peut nous enfermer dans nos préjugés et favoriser le « capitalisme de surveillance », par l’utilisation des données, en poussant les individus à révéler leurs besoins et leurs propensions à consommer.
Comme la révolution industrielle (avec l’invention de la machine à vapeur) et la révolution électrique, la révolution numérique ne s’accompagne pas de progrès techniques. Elle conduit à une perte de confiance des classes moyennes et populaires en elles-mêmes et en leur avenir social.
L’intelligence artificielle, si elle permet de nombreuses avancées dans de nombreux domaines (médecine, justice…) pose de nombreuses questions éthiques et peut ainsi conduire à l’anomie sociale et politique.

Dans la seconde partie intitulée « Le retour du réel « , l’auteur montre que l’ordre social se maintient grâce aux institutions (entreprises, syndicats, partis politiques, médias…), par la propension à la « réciprocité » des hommes et femmes avec des inconnus.
Il montre ensuite l’évolution de la société, de la époque des chasseurs-cueilleurs à nos jours.
Nous nous orientons vers une société se voulant à la fois horizontale et laïque, en détruisant les modalités d’inclusion que la société industrielle avait créées. L’auteur montre alors l’intérêt d’utiliser les outils numériques pour rendre compatibles horizontalité et cohésion de la société.

A la fin de l’ouvrage, l’auteur se penche sur les crises du XXIème siècle qui peuvent mettre à l’épreuve la solidité des liens qui font tenir la société. Le Covid a fait par exemple prendre conscience des expériences sociales qui construisent notre identité et de la nécessité d’agir, mais qu’une fois vécu le traumatisme du choc sanitaire initial, pas de façon préventive.
Face au choc climatique, ce n’est pas le catastrophisme qui convaincra les individus à agir mais la faculté d’envisager un monde à réinventer dans lequel ils veulent vivre. Le réel impact les consciences lorsqu’il existe une option de sortie.
L’auteur montre enfin les limites de la numérisation systématique des relations humaines.

Le mot de l’éditeur

L’auteur reconnu de La prospérité du vice et d’autres best-sellers décrypte avec une joyeuse férocité cette prétendue « civilisation » qui va bouleverser nos vies. L’amour ? Désormais c’est Tinder ! Le bureau ? En télétravail ! Un nouveau job ? Ce sont les algorithmes qui recrutent ! Les partis politiques ? C’est sur Twitter !Au centre de ce nouveau monde ? Homo Numericus, un être submergé de contradictions. Il veut tout contrôler, mais il est lui-même irrationnel et impulsif, poussé à des comportements addictifs par ces mêmes algorithmes qui surveillent les moindres détails de son existence.
Faut-il désespérer ? Pas nécessairement. La révolution numérique répond aux attentes d’une société qui voudrait que toute parole soit écoutée, sans vérité révélée. Trouver la voie qui permette d’accomplir cette utopie : telle est aussi l’ambition de ce livre.
Cet  ouvrage a été sélectionné pour le Prix Femina Essai et a reçu le Prix Montaigne 2023.

Quelques mots sur l’auteur Daniel Cohen

Né en 1953 à Tunis, Daniel Cohen a été diplômé de l’ENS (école normale supérieure), agrégé de mathématiques, titulaire d’un doctorat de 3ème cycle puis doctorat d’état ès sciences économiques et agrégé des facultés de droit et de sciences économiques.
Daniel Cohen a été directeur du département d’économie de l’École normale supérieure, professeur d’économie à Paris I Panthéon-Sorbonne et membre fondateur de l’École d’économie de Paris. Il a également été directeur du CEPREMAP (Centre pour la recherche économique et ses applications). Il a notamment été membre du Conseil d’analyse économique (CAE) auprès du Premier ministre entre 2010 et 2012 et conseiller scientifique auprès du Centre de développement de l’OCDE. Spécialiste de la dette souveraine, il a été conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Geórgios Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays.
Homme médiatique, il a été invité régulièrement sur France Inter, a été membre du conseil de surveillance du journal « Le Monde » de 2010 à 2021, où il avait publié de nombreuses analyses, mais aussi chroniqueur à « L’Obs ».
Il a publié de nombreux ouvrages d’analyse sur les transformations du capitalisme contemporain. Il a été lauréat du Prix du livre d’économie en 2000 pour son ouvrage « Nos temps modernes » et en 2012 pour « Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux ». Il a rompu avec la théorie de l’homo economicus – qui considère que l’humain agit de manière parfaitement rationnelle – pour privilégier une approche pluridisciplinaire et anthropologique de l’économie. Il estimait que toutes les sciences sociales devaient aider à appréhender le comportement humain. Son dernier ouvrage est « Homo numericus. La civilisation qui vient ».
Daniel Cohen est décédé le 20 août 2023.

Notre avis

Dans cet ouvrage passionnant, l’auteur montre comment les technologies amplifient les tendances de la société. La révolution numérique a ainsi bouleversé nos vies en accélérant la désintégration des institutions de la société industrielle. Les réseaux sociaux ont par exemple contribué au développement de « l’individualisme collectif ».
Tout l’enjeu réside dans l’installation d’une société caractérisée par le respect mutuel et une confiance commune dans les valeurs qui la fondent.

C’est avec les vivants et sur cette planète qu’il faut accepter de vivre.

L’auteur nous conduit à réfléchir sur les apports des nouvelles technologies, leurs conséquences sur la vie sociale, mais aussi au moyen d’accéder à la liberté promise par la révolution numérique.
Il fonde son analyse sur des études économiques, anthropologiques et sociologiques mais la rend accessible en illustrant son propos avec des exemples contemporains et de nombreuses références de films et séries (notamment Black Mirror).
Un ouvrage incontournable pour comprendre notre civilisation et les enjeux qui nous attendent.

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